Bernard CASSEN: "La gauche de gauche va-t-elle enfin sortir du conformisme ?"

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Bernard CASSEN: "La gauche de gauche va-t-elle enfin sortir du conformisme ?"

Message par Alain Chancogne le Jeu 6 Juin - 9:51

Précision



Je mets en ligne, même si ce titre choisi par CASSEN est pour moi du "langage" que je récuse.


IL
ya ceux qui veulent changer de SYSTEME, construire le Communisme et
d'autres- certains très respectables qui soient prétendre le REGULER,
soient se relaient pour le sauver!
Je ne suis pas un homme de"gôche" , je suis communiste;
Donc
"gauche dela gauche" , "fausse gauche", sont du jargon à bannir si l'on
veut-c'est moncas- faire en sorte que les repères de "qui veut quoi"
soient plus "visibles" pour ceux qui entendent participer ua processus
d'émancipation.

A.C



Avec Le Monde diplomatique en español

http://www.medelu.org/La-gauche-de-gauche-va-t-elle








En
Europe, les forces politiques et sociales qui se veulent à la gauche
de la social-démocratie – disons par commodité la gauche de gauche – se
croient « radicales ». Ce qui, au pied de la lettre, signifie qu’elles
sont censées s’attaquer aux causes profondes des ravages du
néolibéralisme en général, et de l’eurolibéralisme en particulier.
Pourtant, elle font depuis longtemps preuve d’un étonnant conformisme
sur trois des questions essentielles que pose aujourd’hui la crise
européenne : le responsabilité de l’euro dans la récession actuelle, la
pertinence de politiques nationales de rupture avec le néolibéralisme
et l’urgence de mesures de protectionnisme écologique et social. Voyons
dans quel contexte elle évolue.


Pour la sphère financière, les grandes entreprises et leurs fondés
de pouvoir dans les partis politiques et les gouvernements – pas
seulement ceux étiquetés « de droite » –, tout va pour le mieux : les
traités et pactes européens successifs ont instauré l’hégémonie du
capital et du marché ; ils ont fait du libre-échange une arme de choc
au service du dumping social, écologique et fiscal ; le dogme de la
concurrence est devenu une machine à paupériser ou privatiser les
services publics ; sous prétexte de résorber la dette, de promouvoir la
« compétitivité » et de « sauver » l’euro, des « réformes
structurelles » et des plans d’austérité ont été imposés, avec comme
objectif véritable le démantèlement des acquis sociaux de plusieurs
décennies, en particulier en matière de droit du travail.


Pour empêcher toute remise en cause de la « divine surprise » qu’a
été la concrétisation en Europe d’une telle utopie néolibérale – dont
ses promoteurs n’auraient même pas osé rêver au siècle dernier –, une
police spécialisée a été créée : la « troïka ». Composée de la
Commission, du FMI et de la Banque
centrale européenne (BCE), elle a les pleins pouvoirs pour exiger
l’application de ce programme par les gouvernements qui ont recours à
son « aide ».


Est-ce que la social-démocratie européenne a quelque chose à dire
sur cette entreprise de régression démocratique et sociale sans
précédent ? La réponse est « non » : elle s’est totalement inscrite
dans sa logique et elle en accepte les implications. Ses propres
intellectuels ne s’en cachent d’ailleurs pas. Il faut lire à cet égard –
une fois n’est pas coutume – l’article du Monde intitulé
« Quel projet pour la social-démocratie ? » publié dans le numéro du 23
mai 2013. Son auteur, Jean-Pierre Stroobants, du bureau
européen du quotidien, cite, entre autres, l’historien René Cuperus
qui collabore à la fondation Wiardi Beckman, groupe de réflexion du
Parti social-démocrate néerlandais (PVDA).







Pour cet auteur, l’adhésion à l’Europe est devenue une « idéologie de substitution ». L’Europe « affirme qu’elle est un bouclier contre la mondialisation, mais, en définitive, elle en est une courroie de transmission ». Et d’ajouter : « Le
tout-à-l’Europe serait une bonne chose, mais, en pratique, les
sociaux-démocrates soutiennent ainsi un projet néolibéral qui heurte la
démocratie et ne rencontre pas d’écho à la base. Une situation
totalement schizophrène »
. Ce constat vaut pour tous les partis
social-démocrates européens, présents ou non dans des gouvernements. Un
lecteur français y verra sans peine une évocation de la politique de
François Hollande et de ses humiliantes génuflexions – ponctuées de
coups de menton qui ne trompent personne – devant Angela Merkel, la
Commission et la Banque centrale européenne. Tout cela avec les
encouragements militants des éditorialistes du Monde


Si la cause est entendue pour la social-démocratie, que dire alors
de la gauche de gauche ? On ne pourra pas lui reprocher d’être muette
sur l’état des lieux de l’eurolibéralisme. On ne compte plus, en effet,
les livres, manifestes, motions de congrès, prises de position,
pétitions, blogs décortiquant et dénonçant les mesures d’austérité et
les politiques européennes en général. Le bilan critique est fait et
fort bien fait. Le problème est qu’il ne débouche pas sur des
propositions attaquant le mal à sa racine, et cela à la fois par
confusion intellectuelle et par crainte panique de « faire le jeu » de
l’extrême-droite. De manière inespérée pour elle, cette dernière se
trouve ainsi désignée par ses propres adversaires comme pôle de
référence du débat politique.


Certaines composantes de la gauche de gauche ont ainsi
paresseusement assimilé le libre-échange à de l’internationalisme ; le
refus du carcan de l’euro au rejet du projet d’unité de l’Europe ; et
des mesures de rupture nationales avec du nationalisme ou du
« souverainisme », terme qui, comme celui de « populisme », n’est
jamais défini par ceux qui l’utilisent à tort ou à travers.


Certes des économistes comme Frédéric Lordon [1] ou Jacques Sapir [2],
dotés d’une forte légitimité universitaire et non engagés dans un
parti, ont pulvérisé ces poncifs, appelé un chat un chat et remis en
cause, par exemple, l’aggravateur de crise qu’est l’euro. Ce qui leur
ferme évidemment la porte des plateaux de télévision où ne sont
généralement conviés que les néolibéraux de toute obédience, et plus
particulièrement des « économistes à gages » du type Elie Cohen ou
Jean-Hervé Lorenzi [3].
Certains des collègues de Lordon et Sapir, investis, eux, dans une
formation politique de la gauche de gauche, et quoi qu’ils en pensent
par ailleurs, sont bridés par les stratégies globales de leurs
directions qui craignent comme la peste qu’on les accuse d’être
composées d’« anti-européens » et qu’on les mette dans le même sac que
le Front national à l’extrême droite ou, à l’autre extrémité de l’arc
politique, avec le M’PEP, pointé du doigt pour cause de
« souverainisme » [4].


On commence cependant à entendre des voix hétérodoxes et, cette
fois, institutionnelles qui permettent d’ouvrir un débat longtemps mis
sous le tapis. Ainsi, au vu de l’expérience, Oskar Lafontaine, ancien
président du SPD et l’un des fondateurs de Die Linke, se prononce pour
l’abandon de la monnaie unique en faveur d’un retour au Système
monétaire européen (SME) permettant dévaluations et réévaluations [5].
A Chypre, c’est le Parti communiste (dit AKEL), deuxième force
politique de l’île, qui, le 29 avril dernier, s’est prononcé pour une
sortie de la zone euro.


Des économistes de gauche de plusieurs pays européens [6]
viennent de publier un Manifeste intitulé « Que faire de la dette et de
l’euro ? » dans lequel ils préconisent, si cela se révèle nécessaire
pour en finir avec le chantage de la dette, une stratégie de rupture
unilatérale avec la Commission, la BCE ou l’Allemagne, engagée par un
ou plusieurs gouvernements et n’excluant pas une sortie de l’euro et
l’adoption de mesures protectionnistes [7].


Il est significatif du changement de climat que, en France, quelques
dirigeants d’Attac et de la Fondation Copernic aient signé ce texte
alors que, il y a peu, les expressions « mesures protectionnistes »,
« ruptures nationales » et « sortie de l’euro » les faisaient sortir de
leurs gonds. Jusqu’à ces derniers temps, il n’y avait pour eux d’autre
salut que dans l’émergence d’un hypothétique « mouvement social
européen » paré de toutes les vertus. C’était oublier une évidence : un
tel mouvement, évidemment nécessaire, ne surgira pas spontanément, en
lévitation sur des réalités très différentes d’un pays à l’autre. Il
prendra seulement forme à partir d’un foyer de rupture national
entraînant des solidarités susceptibles elles-mêmes de faire tache
d’huile.


D’autres indices vont dans le même sens que celui de ce texte :



  • En Espagne, la circulation d’un manifeste ayant déjà recueilli de
    nombreuses signatures d’élus de gauche d’économistes et de
    syndicalistes, et intitulé Salir del euro (« Sortir de l’euro ») [8].
  • Au Portugal, l’énorme succès de librairie du livre Porque devemos sair do euro (« Pourquoi nous devons sortir de l’euro ») sorti début avril [9].
  • En France, la publication d’un ouvrage collectif qui fait déjà
    beaucoup parler de lui et dont le titre est délibérément provocateur : En finir avec l’Europe [10]. Il témoigne de l’évolution de certains des co-auteurs jadis proches ou membres du NPA.

Un Sommet alternatif (Alter Summit), rassemblant partis de la gauche
radicale, syndicats et mouvement sociaux européens va se tenir à
Athènes les 7 et 8 juin prochain [11].
On aurait pu penser qu’il prolongerait cette effervescence et qu’il
aborderait les questions jusqu’ici politiquement incorrectes. Ce n’est
pas l’impression que donne le manifeste préparatoire de cette
rencontre.


Dans trois domaines (dette, Europe écologique et sociale, démocratie
économique), ce texte dresse un bilan de la situation et propose des
« revendications communes et urgentes ». On constate que l’expression
« crise de l’euro n’apparaît nulle part. Quant au libre-échange, il fait
l’objet d’une seule ligne dans les constats – « Les accords de libre-échange contribuent au dumping fiscal, social et écologique » – et d’une revendication d’un vide sidéral : « Mettre fin au dumping salarial et social en Europe et dans le monde, notamment par le biais d’accords internationaux ».
Voilà qui devrait faire trembler les commissaires européens et Pascal
Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC),
dont le nom est régulièrement cité comme futur ministre, voire premier
ministre de François Hollande…


Pour l’élaboration d’un véritable programme de sortie de l’ordre
néolibéral européen, il faudra que la gauche de gauche se libère des
interdits dans lesquels elle s’est enfermée. Timidement, avec des hauts
et des bas, le processus est entamé…




Notes

[1] Lire son blog « La pompe à phynance » sur le site du Monde diplomatique,
et en particulier sa dernière contribution « Pour une monnaie commune
sans l’Allemagne (ou avec, mais pas à la francfortoise) » : http://blog.mondediplo.net/2013-05-25-Pour-une-monnaie-commune-sans-l-Allemagne-ou-avec.


[2] Lire son blog http://russeurope.hypotheses.org/
et ses reprises sur le site de Mémoire des luttes. En particulier sa
contribution « Postures et impostures dans le débat sur la politique
allemande » : http://www.medelu.org/Postures-et-impostures-dans-le.


[3] Lire Renaud Lambert, « Les économistes à gages sur la sellette, Le Monde diplomatique, mars 2012. Egalement Serge Halimi, Frédéric Lordon et Renaud Lambert, Economistes à gages, Les liens qui libèrent/Le Monde diplomatique, Paris, 2012.


[4] http://www.m-pep.org


[5] http://www.medelu.org/Nous-avons-de-nouveau-besoin-d-un.


[6] Parmi lesquels, pour la France, Michel Husson.


[7] http://tinyurl.com/euro13.


[8] http://salirdeleuro.wordpress.com


[9] Editions Lua de Papel, Lisbonne, 12,60 euros. Lire Le Monde, 30 mai 2013.


[10] En finir avec l’Europe, sous la direction de Cédric Durand, La Fabrique, Paris, 2013, 15 euros.


[11] www.altersummit.eu




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